Tour de l’Islande à vélo

Péninsule de Snaefellsnes - Islande

Péninsule de Snaefellsnes – Islande

 

Islande en chiffres:
- 35 jours en Islande
- 2000 km de vélo
- 70 km/h de vitesse maximale (avec les sacoches)
- 40 km/h sans pédaler sur du plat (avec le vent dans le dos)
- 35 m/s (soit 125 km/h) la vitesse des rafales de vent après Höfn
- 4 jours de pluie continue
- 2 averses de grêle, 2 tempêtes de neige
- 17% de pente dans la montée de l'Oxi road
- 33 nuits en tente, 1 nuit en carvane, 1 nuit en Guesthouse
- 0 crevaison, 1 chaîne de cassée, 1 roue détruite
- 15 kilos de gâteaux consommés

L’Islande est un voyage chez le dentiste. Dès le rendez- vous pris,  l’attente est longue et douloureuse. Arrivé dans la salle d’attente de l’aéroport, l’angoisse grandit à mesure que l’échéance approche. Une fois sur place, la beauté des paysages sert d’anesthésique local, alors que le vacarme assourdissant du vent vous fraise le moral. Ce n’est qu’une fois la consultation payée pour cette chère, très chère Islande, que la douleur laisse place à une bouche béate d’admiration.

Chute la plus puissante d'Europe - Dettifoss

Chute la plus puissante d’Europe – Dettifoss

Le voyage commença dans un cinéma de Lausanne, près de la gare. Un hamburger avalé à la hâte nous mit dans cet état de somnolence béat qui vous fait apprécier n’importe quel film d’action américain. Du film – Prometheus – je n’ai pas grand souvenir (fut-il bon ou mauvais) mais la scène d’ouverture est restée gravée dans mon imaginaire. Un Alien se jette du haut d’une chute  dont la puissance parait issue d’un autre monde. C’était pourtant des images tout ce qu’il y a de plus terrestres, puisqu’une rapide vérification me permit de constater qu’elles avaient été tournées à Dettifoss, en Islande.

C’est donc Ridley Scott qui décida de notre première destination, la suite ne fut que formalités administratives. Le 2 Mai 2013, nous débarquions à l’aéroport de Keflavik, accompagnés de nos 2 vélos fraîchement assemblés.

Reykjavik – 2 Mai 2013

Arrivée à l'aéroport de Reykjavik

Arrivée à l’aéroport de Reykjavik

Nos premiers encouragements vinrent d’un douanier dont nos 2 cartons avaient attisé la curiosité. Apprenant notre volonté de faire le tour du pays à vélo, il se mit à pouffer de rire et nous dit : « On est en Islande vous savez … Bon, de toutes façons vous pourrez toujours louer une voiture dans une semaine ». Cette perspective l’aillant fort amusé, il en oublia son contrôle et retourna dans sa guérite.

Le pays sortait à peine de sa torpeur hivernale, et n’avait pas encore revêtus les habits affriolants de la saison touristique. Une pluie suintant des cieux nous vit entrer dans Reykjavik, amalgamés au trafic vrombissant des pick-up surdimensionnés.

Les eaux à 42°C de la piscine « Laugardalslaug » dissolurent instantanément nos craintes et c’est avec un enthousiasme renouvelés que nous abordâmes la route menant à Mosfellsbaer. Cet enthousiasme fut abondamment douché – voire enneigé – par les éléments, mais nous primes ces agressions du ciel comme un bizutage nécessaire  à notre acceptation dans le pays.

Carte Islande - Parcours

Carte Islande – Parcours

 Thingvellir – 5 Mai 2013

Divergence des plaques tectoniques américaines et européennes - Thingvellir

Divergence des plaques tectoniques américaines et eurasiennes – Thingvellir

Alors que nous arpentions la zone de divergence des plaques Eurasiennes et Américaines, nous eûmes le premier aperçu des forces à l’ouvrage sous nos pieds. Les éructations météorologiques de cette terre, n’étaient que les mouvements d’humeur d’un géant dont le système gastrique était tiraillé et brulé par le magma.

Un guide présentant le site de Thingvellir à un groupe de touriste, énonça avec malice que les histoires coutaient moins chères que les fouilles archéologiques, et continua à leur raconter l’histoire de ce haut lieu de mémoire Islandais.

Sur la route de terre qui reliait Thingvellir à Laugarvatn, la visite d’une grotte encore couverte de glace nous permit de goûter une dernière fois à cette obscurité qui ne devrait plus se manifester pendant les 5 semaines à venir.

Laugarvatn – 5 Mai 2013

Source chaude de Vìgdalaug - Laugarvatn

Source chaude de Vìgdalaug – Laugarvatn

Nous attendrîmes nos chairs durcis par le froid dans la source d’eau chaude naturelle de Vìgdalaug qui faisait face au lac de Laugarvatn avant de prendre nos quartiers dans un camping déserté.

Eole fit sont entrée en scène à l’aube du sixième jour, et hanta nos esprits jusqu’à la fin du séjour. Mon vocabulaire souffrait d’inexactitude depuis 30 ans : ce que j’appelais auparavant du vent n’était en fait qu’une brise. Nous progressions péniblement contre un adversaire invisible, qui nous obligeait à battre en retraite dans les fossés pour nous reposer de ses assauts répétés.

Geysir – 6 Mai 2013

Strokkur en action - Geysir

Un panache de vapeur dont la fréquence d’apparition rythmait nos avancées annonça la fin de l’étape : nous étions arrivés à Geysir.

Geysir – qui donna son nom à tous les geysers du monde – est en fait aussi fainéant qu’il est connu, et c’est Strokkur, son proche congénère qui assure le show.

Gulfoss – 7 Mai 2013

Nous complétâmes le « cercle d’or » avec la visite de Gulfoss, achevant la journée dans les eaux chaudes de Hrunalaug

Source chaude Hrunalaug - Hruni

Source chaude Hrunalaug – Hruni

Vik – 11 Mai 2013

L’auberge de Vik fut aussi bénéfique que nous étions trempés, et elle fut la seule infidélité que nous fîmes à notre tente. Le vent nous porta ensuite jusqu’à Skaftafell, parc national renommé du Sud de l’Islande.

L’exploration du glacier de Svinafellsjokull, nous prépara à peine à la beauté des images du lac glaciaire de Jökulsárlón , dont la persistance rétinienne dépassa largement la durée physiologique usuelle.

Lac Glaciaire de Jökulsárlón - Islande

Lac Glaciaire de Jökulsárlón – Islande

Hofn – 16 Mai 2013

Le voyage jusqu’à Hofn fut à la fois une pénitence, et une jouissance extrême. Des plaines désolées battues par les vents nous voyaient lutter – non pas pour avancer – mais seulement pour rester debout. Le vent annihilait nos forces comme nos efforts.  Il ne restait plus que le petit plateau et le grand pignon pour faire avancer un vélo dont le coefficient de pénétration dans l’air avoisinait celui d’un canapé pris dans le sens de la longueur. Mais si au détour d’un fjord on venait à se mettre le vent dans le dos, on glissait tout à coup à 40 km/h, sans un bruit… sans pédaler.

Le trajet jusqu’à Djúpivogur fut l’apothéose du concerto pour instrument à vent qui se joua fortissimo, avec en point d’orgue, des rafales à 35 mètres / seconde, qui nous laissèrent littéralement « sur le cul ».

Djupivogur – 18 Mai 2013

Col - Oxi road

Col – Oxi road

Il existe toutes sortes de raccourcis, mais peu sont aussi efficaces que l’OXI Road, qui nous mena jusqu’à Egilsstadir. Les esprits chagrins me rétorqueront que la notion de « raccourci » perd de son sens lorsqu’on fait 2000 km autour d’une île pour revenir à son point de départ, et je veux bien leur donner raison sur ce point. Cependant, passer un col enneigé avec des pentes dépassant les 17 % fut une satisfaction immense (les cyclistes comprendront, les autres pourront rire).

Egilsstadir – 19 Mai 2013

La loi de Murphy – ou loi de l’emmerdement maximal – prétend qu’une tartine beurrée tombera toujours du côté beurré. Le paradoxe du chat avec une tartine beurrée sur le dos tend à infirmer cette loi (qui du chat ou de la tartine retombera sur ses pattes ?), mais l’expérience tend à la confirmer.

Lorsqu’une chaîne casse, et qu’on a prévu des maillons de rechange et un dérive chaine, on s’imagine préparé. Mais lorsque c’est le dérive chaîne qui casse à son tour, qu’on est Dimanche, et que le lendemain est un jour férié,  on commence à maudire cette fichue tartine !

Laetitia troqua donc le confort de sa selle Brooks pour les sièges trop raides d’un bus, pendant que j’attendis l’ouverture du magasin.

Le jour le plus long - Egilsstadir

Le jour le plus long – Egilsstadir

L’étape qui suivit fut l’une des plus éprouvantes de ma carrière avortée de cycliste. Un vent de face soutenu venait prêter main forte à un relief relativement vallonné pour m’empêcher de relier Mývatn dans la soirée. Un départ à 10h30 causé par l’ouverture tardive du magasin rendait les 160 km d’autant plus difficiles avec un vélo chargé.

Il me reste une image relativement surréaliste de cette étape. Un camping car remplis d’Indiens s’arrête à ma hauteur en pleine tempête de neige, à 2 heures du matin. Ils me demandent si tout va bien, et me proposent de m’embarquer.  Devant mon refus certainement surréaliste lui aussi, ils poursuivent leur visite de la région, leur horloge interne certainement perturbée par le décalage horaire, et par la présence du soleil à cette heure avancée de la nuit.

Mývatn – 22 Mai 2013

Je dus lutter sur une pente verglacée à 10% avant de rejoindre Mývatn, au terme d’une étape qui mit fin pour un temps à mes velléités de défi physique. Les efforts devaient être récompensés par l’attrait bouillonnant de cette région volcanique.

Husavik – 24 Mai 2013

Le voyage jusqu’à Dettifoss nous apprit que Ridley Scott était un très bon cinéaste, et que de trop grandes attentes sont généralement déçues. L’objectif était cependant atteint malgré des conditions difficiles, et nous nous dirigeâmes vers Húsavik et se baleines, avec le sens du devoir accompli.

Observation des baleines - Husavik

Observation des baleines – Husavik

Stykkisholmur – 30 Mai 2013

Nous prîmes ensuite la direction de la péninsule de Snaefellsnes qui nous offrit les paysages les plus remarquables du pays. Cette opinion est sans doute biaisée et conjoncturelle car l’Islande dans son entier est magnifique. Mais la météo est un mari jaloux qui ne tolère les sorties de sa femme que si elle est voilée de nuages. Les rares occasions où elle se découvre sont à chaque fois des enchantements renouvelés.

Arche - Arnarstapi

Arche – Arnarstapi

Arnarstapi – 1er Juin 2013

Les falaises d’Arnarstapi, les champs de lave tapis de mousse, les multiples colonies d’oiseau ainsi que les sources d’eau chaude naturelles achevèrent de cristalliser dans nos mémoires les souvenirs de 5 semaines à vélo autour de l’Islande.

 Reykjavik  – 5 Juin 2013

Le voyage finit à quelques encablures de Reykjavik, sur le siège avant d’un camion que je partageai avec deux cockers. Au terme d’une journée que la météo exécrable avait vouée à l’échec, la pluie battante et les terribles rafales de vent eurent raison de mon équilibre, de ma roue arrière (qui sous l’effet du choc prit une forme de 8 relativement esthétique, mais en totale opposition avec sa fonction première qui est de tourner), ainsi que de mon obstination.

Laetitia quant à elle, rejoignit Reykjavik sur les sièges d’un bus en partance de Borgarnes, sans cockers mais avec sa roue arrière.

Source d'eau chaude de Elborgarhraun - Islande

Source d’eau chaude de Elborgarhraun – Islande

Paris  – 6 Juin 2013

Si nous avons voyagé autour de l’Islande,
Nous sommes encore loin d’en avoir fait le tour,
Et si les vents acquiescent à notre demande,
Nous ferons en sorte d’y retourner un jour.

En route vers le Jökulsárlón - Islande

 

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