Ruée vers l’or : Randonnée sur le « Chilkoot Trail »

Crater Lake - Chilkoot Trail

 

Refuge « Slaven’s Roadhouse » – 25 Août 2013

A la lueur de la lanterne - Slaven's Cabin, AK

« Kimbak Products Inc. Seattle »
Voici un quart d’heure que je tente de déchiffrer depuis mon siège l’inscription austère qui orne la porte du poêle à bois dont le pouvoir calorifique abruti mes sens et mon esprit. La lumière chaude de la lampe à pétrole fait danser les ombres d’un passé que nous avons arpenté pendant plus d’un mois, et je me laisse hypnotiser par son éclat doré et par ces quatre mots : « Kimbak Products Inc. Seattle ».

Seattle – 17 Juillet 1897

Gold ! Gold ! Gold ! Gold !
C’est avec ces quatre mots inscrits en première page que le « Seattle Post Intelligencer » annonce l’arrivée du navire « SS Portland » en provenance du Klondike, avec à son bord 68 hommes riches. Le climat économique aride a alors fait s’évaporer toutes les liquidités, et la seule évocation du métal étincelant va provoquer un  autodafé de la raison. Les consciences s’échauffent, et les hommes se ruent vers le nord. Mais la route qui mène aux « champs d’or du Klondike » va se charger de les rafraîchir.

Début de la ruée vers l'or - Chilkoot Trail

Début de la ruée vers l’or – Chilkoot Trail

Cent mille hommes entamèrent à l’époque la lente procession vers cette région reculée du Klondike. Seuls un tiers virent la ville de Dawson nouvellement bâtie à la confluence du  Klondike et du Yukon. Ceux qui avaient nourri la folle illusion d’un or qu’on ramasse en se baissant verront bien vite leurs fantasmes dissipés. Toutes les concessions minières ayant été adjugées dans les semaines suivant la découverte, les nouveaux arrivants ne trouvèrent rien d’autre à miner que leur moral. De ceux qui trouvèrent de l’or, peu repartirent plus riches qu’ils n’étaient venus car c’est en « minant les mineurs » que d’autres firent leur fortune.

D’autres encore vinrent clochards et repartirent riches du métal dont on forge les rêves, réussissant par là même à faire rimer « London » avec les étendues glacées du Yukon plutôt qu’avec Big Ben. C’est donc l’aventure imprimée dans notre subconscient par Jack London, et certainement révélée dans nos envies par un certain Jack Daniel’s qui nous mit sur la piste de l’une des plus formidables transhumances humaine après Jésus en Palestine : « La Piste du Klondike ».

Prince Rupert, Canada – 20 Juillet 2013

Voyage en Ferry - Inside Passage
Départ : Prince Rupert, BC, Canada
Arrivée : Skagway, Alaska, USA
Durée : 3 jours

Dès le pied pose sur le bateau, c’est la bannière américaine qui nous signale notre entrée en Alaska. Pendant 2 jours, nous voyageons dans le solarium du bateau où les chaises longues sont converties en lit d’appoint par des routards venus de tous horizons. L’itinéraire dénommé « Inside Passage » suit la côte Sud de l’Alaska jusqu’à l’extrémité du Canal de Lynn. L’escale obligatoire à Juneau nous place au  cœur d’une importante communauté asiatique, et ce n’est qu’à la vue d’un immense bateau de croisière que nous résolvons l’énigme de leur présence sous ces latitudes.

Skagway, USA – 22 Juillet 2013

Sur le Ferry - Inside Passage

Sur le Ferry – Inside Passage

L’arrivée au port de Skagway a un côté baroque que même les studios Universal n’arriveraient pas à recréer. Deux énormes bateaux de croisière gardent l’entrée du port et la modeste taille de notre « embarcation » ne fait qu’accentuer la démesure. Alors qu’on est en plein cœur de l’Alaska (qui rime dans l’imaginaire collectif avec des étendues vierges et sauvages) on se rend vite compte que le moustique n’est pas le seul insecte nuisible à sillonner ces contrées. De gros bourdons à pales rotatives sillonnent le ciel pour transporter des voyageurs fainéant (ou pressés) vers les glaciers alentours, à un rythme frénétique. La ville quant à elle est une reproduction de « Main Street » à Disneyland Paris (ou est-ce l’inverse?) où les maisons d’époque et les trottoirs en bois jurent avec les camping-cars dernier cri qui la sillonnent. Pourtant, tout ce folklore a un véritable charme, et nous ne boudons pas notre plaisir en effectuant un marathon de visites guidées qui nous permet de mieux appréhender le contexte historique de la ruée vers l’or.

Randonnée - Chilkoot Trail
Départ : Skagway, Alaska, USA
Arrivée : Bennett, BC, Canada
Distance : 53 km
Altitude du Chilkoot Pass :  1067 m
Durée : 5 jours / 4 nuits

At no other time or place in recorded history did so many people voluntarily subject themselves to so much agony and misery and death-and-glory than those twenty to thirty thousand who crossed the Chilkoot Pass on their way to the Klondike gold fields in 1897-1898.  (Archie Satterfield – Chilkoot Pass)

The Scales - Chilkoot Trail

The Scales – Chilkoot Trail

La piste du Chilkoot, présentée comme le plus long musée des Etats-Unis est à cheval entre les USA et le Canada. Le parcours y est jalonné de reliques datant de la ruée vers l’or que l’Europe, avec son temps historique plus étendu et son territoire plus restreint qualifierait sans doute – à tort – de détritus. Profitant comme à notre habitude d’une chance insolente, nous récupérons sur place, deux permis d’arpenter la piste (que d’autres ont réservé des semaines à l’avance) et hélons au passage la navette journalière qui nous emmène au départ du sentier.

Un ordinateur est loin de constituer un élément de première nécessité sur une randonnée de plusieurs jours, et ce n’est pourtant que l’un des nombreux éléments dont l’inutilité dans notre sac se mesure à l’aune de sa masse. C’est pourtant le cœur léger que nous transportons la totalité de notre équipement de voyage au-delà du Chilkoot Pass en pensant à la tonne d’équipement que les « Stampeders » devaient transporter afin d’assurer leur survie dans une contrée où faire les courses consistait à prendre son fusil.

stairscl

Le premier pas sur le sentier est une libération car l’effort physique et l’inconfort ne sont que l’examen terminal qui est une formalité à ce stade. Le plus dur, ce sont les révisions et la préparation qui vous emmènent jusque là.

Nous effectuons notre première nuit à « Finnegans Point », après avoir traversé une zone marécageuse où seuls les moustiques vous rappellent que le magnifique sentier fait de planches n’est pas un parcours de « North Shore » à Vancouver. Le second jour, nous troquons l’humidité terrestre pour l’humidité céleste, et c’est la pluie qui nous accueille à notre arrivée à « Sheep Camp ». Après un isolement relatif, nous retrouvons cinquante marcheurs prêts à en découdre avec la journée à venir. La proximité induite par la pluie permet d’intéressantes discussions avec des guides et leurs clients .

Marais - Chilkoot Trail

Le lendemain, nous franchissons le col du Chilkoot dans la brume et la neige. La pente prononcée nous force à utiliser les mains, et l’exercice se voit compliqué par le poids de nos sacs à dos.

Montée à 45° vers le col - Chilkoot Trail

Montée à 45° vers le col – Chilkoot Trail

Quiconque a déjà franchi la frontière américaine se rend compte de la difficulté de l’exercice. Après vos empreintes digitales, il ne manque que la taille de votre appareil génital pour compléter un formulaire de renseignements plus que complet. C’est pourtant sans cérémonies, et sans tracasseries douanières que nous quittons ces mêmes Etats-Unis et entrons à pied et dans la neige sur le territoire Canadien. Le changement de paysage est alors dramatique. La brume qui nous empêchait d’apercevoir nos pieds dévoile des trésors de lacs qui jalonnent notre parcours jusqu’à « Happy Camp ».

On sait que le bonheur est une valeur relative qui doit se comparer à celui de nos congénères, et ce qu’il y a de frustrant dans le voyages c’est qu’il y a toujours quelqu’un pour faire plus long, plus loin, plus longtemps, et mieux que vous. La satisfaction d’avoir passé le « Chilkoot Pass » nous a cette fois été volée par une dame de 65 ans accompagnée de son ami de 85 ans qui nous ont précédés dans l’ascension du col. Je ne sais si c’est la satisfaction machiavélique de savoir que leur arthrose devait les faire souffrir plus que nos ampoules, ou la perspective de longues années d’aventures, mais leur réussite m’a donné du baume au cœur.

Crater Lake - Chilkoot Trail

Crater Lake – Chilkoot Trail

A partir de là notre itinéraire suit une succession de lacs que les « stampeders » tentaient de naviguer, parfois au prix de leur vie. Une dernière nuit à « Bare Loon Lake » et nous arrivons finalement au lac Bennett pour prendre le train qui nous mène à Carcross.

Train - White Pass & Yukon Railroad
Départ : Bennett, BC, Canada
Arrivée : Carcross, BC, Canada
Durée : 1h30

La ligne de train du « White Pass » qui était à l’époque une merveille d’ingénierie est désormais principalement dédiée aux touristes que nous sommes.

White Pass Railroad - Bennett, BC

White Pass Railroad – Bennett, BC

Après un trajet offert par une guide et sa cliente espagnole, nous arrivons à Whitehorse au camping « Robert Service », qui sert de point de départ à beaucoup de travailleurs venant s’installer dans le Yukon.

Le chemin menant à Dawson continue à partir de là sur le puissant Yukon…

Voir les photos du « Chilkoot Trail »

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